Né en réaction au développement de la restauration rapide, à la fin des années quatre-vingt, le mouvement slow gagne tous les domaines d’activité. Le voyage n’échappe pas à cette tendance de fond qui nous invite à lever le pied pour retrouver le temps de vivre le voyage. Qui va piano, va sano.

« Toujours plus vite ». Telle fut longtemps notre devise, dans un monde sous tension permanente et ultra-connecté. Loin de nous soulager, l’accélération des technologies nous conduit à une saturation de notre temps, au point qu’il faudrait des journées à rallonge pour répondre à toutes les urgences.

Sous l’effet de la crise sanitaire, nos compatriotes ont été forcés de ralentir et mettre en pause leur vie à grande vitesse : fini les courses folles pour récupérer les enfants après l’école, les réunions interminables et l’avalanche de messages à traiter. Passé le choc du confinement, ils ont profité de ce temps disponible pour se lancer dans une grande introspection.

Et si le comble du luxe, ce n’était pas de gagner du temps
mais d’en perdre ? De quitter momentanément les autoroutes
pour s’aventurer sur les chemins de traverse, de prendre
du temps pour soi et pour s’imprégner des lieux.

Nous n’avons pas fini de mesurer les conséquences de cette crise sans précédent qui réveilla chez les Français des envies de nature et d’évasion. Au lendemain du confinement, la consultation des maisons à vendre a explosé sur les sites des agences immobilières. Même chose du côté des loueurs de vans et de fourgons aménagés, qui ont vu arriver de nouveaux clients.

Plus de qualité, moins de quantité

« Notre amour de la vitesse s’est transformé en dépendance. Nous ne savons plus lever le pied, changer de rythme. La solution est de trouver un meilleur équilibre entre activité et repos, travail et temps libre », recommande Carl Honoré, journaliste québécois et auteur d’Éloge de la lenteur, un ouvrage traduit dans une trentaine de pays. Trouver la bonne cadence, le bon rythme : voilà sûrement la clé du succès.

Appliqué au voyage, le mouvement slow recommande de ne pas s’enfermer dans un programme trop serré mais plutôt de s’accorder des jours entiers à ne rien visiter. La qualité de l’expérience prévaut sur la quantité. À contre-courant des circuits organisés et des visites sans surprises, le slow travel privilégie des transports plus lents, des étapes plus courtes et des temps de visite plus longs, qui permettent de créer du lien. En somme, ce tourisme d’improvisation demande du temps pour s’immerger dans un nouvel environnement et accepter les imprévus.

Les réflexes de survie pour une détox réussie

 

Rouler dans un véhicule vintage

 


Se fixer une plage horaire durant laquelle on débranche tous les appareils : portable, télé, téléphone…

 

 

Apprendre à marcher lentement

 

Chloé et Gürkan – @vanlifegoeson
« On se laisse guider par nos envies »

Engagés dans l’édition France du périple Drive Your Adventure (DYA), Chloé et Gürkan, alias l’équipage VanLifeGoesOn, ont fait le choix de promouvoir un voyage plus lent et responsable en van.

Comment concilier les exigences de votre périple DYA et le slow travel dont vous êtes d’ardents défenseurs ?

Pour les besoins de ce périple, nous avons délaissé temporairement notre vieux camping-car de 1985 avec lequel nous dépassons rarement les 80 km/h pour adopter un van moderne. Mais qu’importe. Ceci ne change rien à notre manière de voyager. Pas d’autoroute et pas de péage. Nous continuons d’emprunter les petites routes et profiter des paysages. C’est vraiment ça le slow travel. Même si nous avons un itinéraire à suivre, on garde la liberté de voyager à notre rythme, en fonction de la météo, des lieux traversés et des rencontres sur la route. Ce périple en France, c’est aussi notre voyage. On n’a pas l’ambition de faire le maximum de choses, mais les choses les plus cool possibles.

Quels conseils pouvez-vous donner ?

La chose la plus difficile, c’est vraiment de lâcher prise. Il faut composer avec les événements et les opportunités qui se présentent et ne pas s’en tenir à un planning trop précis, trop chargé, sous peine d’être frustrés si l’on n’arrive pas à le suivre. Nous sommes tellement stimulés par nos activités professionnelles durant l’année que nous n’arrivons pas à décrocher complètement durant les vacances.

La vie en van se prête-t-elle bien au slow travel ?

Oui, bien sûr. Nous ne savons jamais à l’avance ce que nous ferons précisément le lendemain, où nous dormirons le soir. On se laisse guider par nos yeux et nos envies du moment, et non pas uniquement par les applications de nos smartphones. C’est très important. Pour nous, la vanlife n’est pas compatible avec un agenda trop serré.

Comment en êtes-vous arrivés au slow travel ? 

Nous avons adoré nos années sac au dos, à prendre l’avion pour aller à l’autre bout du monde. Dormir à Bali ou à Mexico. Mais il fallait rentabiliser notre temps et voir un maximum de choses. Quand j’ai rencontré Gürkan au Mexique, j’avais un planning de vacances fait sur tableur Excel. C’est dire ! Chaque jour, les visites s’enchaînaient, les églises, les musées… À cette époque, nous avons nous aussi participé à l’idée selon laquelle un voyage réussi, c’est un voyage à l’autre bout du monde, où l’on fait plein de choses…

Vous avez l’impression que les mentalités évoluent ?

Durant le confinement, les Français ont découvert le bonheur de n’avoir rien à faire, de s’écouter, de méditer. Pour autant, j’ai parfois l’impression qu’il y a beaucoup d’amalgames et de confusion, car les gens associent généralement le slow travel à la vitesse de déplacement. C’est avant tout un état d’esprit, une invitation à la flânerie et au détachement.

Cette philosophie infuse-t-elle aussi votre vie professionnelle ?

Au début de notre activité de freelance, nous avions peur de prendre des clients qui ne partageraient pas vraiment nos valeurs. Heureusement, nous n’avons pas démissionné immédiatement de nos emplois salariés, ce qui nous a permis de sélectionner des projets engagés au sens large, c’est-à-dire dont l’impact écologique est positif. D’ailleurs, nous avons rejoint récemment le collectif des entreprises qui reversent 1 % de leur chiffre d’affaires au profit d’associations environnementales. Pour nous, ce sera Surfrider Foundation pour laquelle nous avons été bénévoles pendant de longues années. Aujourd’hui, nous avons trouvé un équilibre. Les clients viennent nous chercher en raison de notre engagement écologique.

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