Journaliste indépendant, Maxime Brousse est allé à la rencontre de ceux qu’il appelle les ‘nouveaux nomades’ ; ces voyageurs biberonnés aux réseaux sociaux qui ont tout plaqué pour prendre la route à bord de vans, camions aménagés et autres minuscules maisons sur roues (« tiny houses »). De ces rencontres, il tire une enquête stimulante, publiée aux éditions Arkhê, où il interroge ces nouvelles formes de nomadismes et bat en brèche certaines idées reçues. Morceaux choisis.

Le livre débute par un constat : l’émergence de voyageurs d’un nouveau genre – lointains descendants des vagabonds, hippies et autres punks à chien – qui ont décidé d’abandonner leur confortable mode de vie sédentaire pour expérimenter de nouvelles façons de vivre.

« Une tasse de café fumant en équilibre sur un tableau de bord usé par le temps, des planches de surf harnachées sur la galerie de toit d’un vieux van jaune. L’intérieur chaleureux en bois clair d’une minuscule maison montée sur remorque, entourée de feuillus. Des types de mon âge qui travaillent les pieds dans l’eau avec vue sur des vagues déferlant à l’infini… J’ai vu ces images romantiques et mises en scène envahir l’écran de mon ordinateur depuis mes débuts dans la vie active, il y a une dizaine d’années. D’abord comme un bruissement lointain puis de plus en plus pressant. Comme si elles prenaient de l’ampleur, jusqu’à former une masse plus importante : un mouvement, peut-être, annonce l’auteur en préambule. Dans le même temps, j’ai vu le mot ‘nomade’ apparaître un peu partout dans les villes que j’ai traversées. À Montpellier, où je vis depuis trois ans, c’est le nom d’une agence immobilière, d’un traiteur, d’un réparateur informatique, d’une école de danse et d’un restaurant. (…) Ces photos et l’usage de ces mots signifieraient-ils que de nouvelles formes de nomadisme se développent au sein de nos sociétés sédentaires ?», interroge Maxime Brousse, avant de présenter sa démarche. 

Maxime Brousse, journaliste, éditeur de Grand Wild

« Pour le savoir, j’ai entassé quelques affaires dans mon break et je suis parti à la rencontre de personnes qui avaient adopté des modes de vie mobiles. Dans les Landes, j’ai partagé une soirée avec Pierre, qui a transformé un vieux bus scolaire en auberge de surf itinérante. J’ai passé un week-end dans la tiny house de Yann et Charlotte en Sologne, dormi au pied d’un château d’eau en me demandant si les autorités allaient me forcer à lever le camp. (…) J’ai aussi passé énormément de temps assis sur une chaise, pendu au téléphone pour recueillir les histoires de voyageurs circulant entre l’Asie et l’Océanie. Je suis resté des heures le nez plongé dans des livres, des articles ou des statistiques pour comprendre si les trajectoires individuelles que je récoltais s’inscrivaient dans un mouvement plus global ».

« Des hédonistes angoissés »

De son année passée auprès de ces nouveaux nomades, Maxime Brousse en tire plusieurs enseignements. « J’ai découvert un nouveau langage ponctué d’anglicismes parfois inutiles, de nouveaux modes de vie et une envie d’expérimenter. Quelque part entre la ‘start-up nation’, les ZAD et les ronds-points, j’ai suivi ces nomades d’un genre nouveau : des jeunes naviguant à vue à la recherche d’un monde qui leur convienne. Les périodes troubles étant propices aux remises en question, il n’y a rien d’étonnant à ce que ces nouvelles formes de nomadisme se soient développées après la crise de 2008. Les dix dernières années ont été elles aussi pour le moins mouvementées, et rien n’indique que l’humanité se dirige vers des rivages plus calmes. Puisque l’avenir est incertain, suivre une voie toute tracée a moins de sens pour une partie des jeunes générations. »

Une analyse qui conduit l’auteur à voir ces nouveaux nomades comme des ‘hédonistes angoissés’. « Dans leur discours, il y a certaines choses qui revenaient souvent : le fait de profiter de la vie dès maintenant, sans attendre la retraite ; l’envie de liberté, d’évasion, de vivre des expériences… Donc un vrai côté “carpe diem”, éclatons-nous et on verra où ça nous mène », résume-t-il dans une interview accordée à son éditeur.

D’un nomadisme à l’autre 

S’ils partagent des points communs, ces nouveaux nomades ne forment pas pour autant une communauté homogène, assure l’auteur. « Certains sautent dans un véhicule et taillent la route, façon hippie 2.0. D’autres optent pour le downsizing et se construisent de petites maisons sur roues. D’autres encore ne perdent pas le sens des affaires et maximisent leurs revenus aux quatre coins de la planète. Vanlifers, digital nomads, tiny houses : ce sont les nouveaux nomades ». Des familles types, que Maxime Brousse prend soin de présenter comme perméables. « Certaines personnes peuvent passer d’un nomadisme à l’autre, et vanlifers ou ‘tinistes’ peuvent se définir comme digital nomads », précise-t-il.

Au fil de ses 270 pages, l’ouvrage nous invite donc à une réflexion sur ces nouvelles formes de voyage et la façon dont elles s’inscrivent dans l’histoire du nomadisme. Les témoignages sont riches, même si l’auteur pointe du doigt la sociologie assez homogène de ces nouveaux nomades.

Les nouveaux Nomades. Toujours ailleurs, partout chez eux (éditions Arkhê), – 19 € (broché) ou 12,99€ (ebook).

VOIR AUSSI : Les nouveaux nomades, entre business et retour à la nature 

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