Dans notre garage de cœur, les fourgons ELS Industrie auraient forcément une place de choix. Oubliés du grand public, ils portaient le nom d’une marque française audacieuse et résolument haut de gamme.

Au début des années quatre-vingt, l’avenir du camping-car s’accélère en France et vient contrebalancer un marché de la caravane déprimé : en cinq ans les immatriculations de caravanes ont chuté de 50 %… Ce retournement brutal favorise l’émergence de nouveaux acteurs du camping-car, comme Pilote (1978), Chausson (1984), Autostar (1986) ou Bürstner (1987). C’est dans ce contexte de forte émulation que la marque ELSI voit le jour.

De loueur à constructeur

Émanation du loueur ELS, basé dans les Pays-de-la-Loire, le constructeur ELS In­dustrie fabriqua de 1982 à 1998 près de mille vans et fourgons aménagés, mais aussi des cellules camping-car à carrosserie polyester double coque (l’Albatros). Ces véhicules à haute valeur ajoutée font aujourd’hui le bonheur d’une poignée de collectionneurs.

Dès ses origines, ELSI poursuit un objectif audacieux et sans doute risqué : ne pas faire comme les autres. Le fondateur, Patrick Bussereau, n’en fait pas une question de principe, mais davantage une ligne d’excellence.

« Ce que je constatais au travers de mes activités de loueur de camping-car ne me donnait pas totalement satisfaction. Moi, ce que je voulais, c’était concevoir des véhicules hors du commun, capables de barouder partout dans le monde » confie aujourd’hui celui qui est devenu directeur général du réseau Destinéa.

On peut discuter du style, mais pas de la pertinence des aménagements ELSI, à l’image de celui de l’Épervier, un compact pour quatre personnes.

Au fil des pages d’un classeur qu’il feuillette sans nostalgie particulière, mais avec le souvenir d’une époque prospère où il fallait tout inventer, il exhume quelques documents. « Voici l’Aigle, le premier de nos modèles », en nous tendant une brochure colorée. Le décor intérieur du véhicule ne laisse aucun doute sur son époque de construction : mobilier aux teintes jaune orangé, moquette épaisse et velours de laine sur les banquettes. Sur la brochure, un petit poème composé par Patrick Bussereau en l’honneur de ce modèle emblématique, dont voici le dernier quatrain.

Pour l’infini de tes espaces
Pour le silence de tes nuits
Et le bien-être de ton abri
Tu es la nouvelle race

Des réalisations très techniques

D’abord conçu sur le Volkswagen LT 31 (essence ou diesel) avant de basculer sur des bases françaises (J5/C25), l’Aigle séduit d’emblée les experts de la revue Le Van & le Camping-Car (ancêtre de Camping-Car Magazine) qui lui consacrent un essai en janvier 1983. Ils soulignent la qualité des matériaux retenus et l’autonomie du véhicule qui surclasse celle des autres fourgons aménagés de l’époque. Mais surtout, l’Aigle peut se vanter de quelques innovations majeures, à l’image de son mobilier associant du frêne massif chevillé et collé avec des panneaux en sandwich d’aluminium enserrant une âme en polyéthylène.

Modèle de compacité, cet ensemble vasque et W.-C. nautique bascule et disparaît dans la cloison.

ELS Industrie va chercher des solutions techniques dans d’autres domaines d’activité. Les panneaux de toit (lanterneaux) sont issus du nautisme et sont en verre acrylique armé résistant à une pression de 200 kg. Dans le même temps, le circuit électrique abandonne les fusibles pour leur préférer des disjoncteurs domestiques magnéto­thermiques protégeant les équipements, comme les pompes à eau à membrane, le réfrigérateur à compression ou le chauffage. La centrale permet la recharge d’un parc de deux batteries d’une capacité de 200 Ah.

Autre signe de son avance technique, ELS Industrie autorise la production d’eau chaude par récupération des calories-moteur circulant dans un serpentin de cuivre plongé dans le réservoir d’eau de 100 litres. La température peut monter à 80 °C en 30 km. L’isolation de la citerne conserve de l’eau chaude pendant 72 heures sans qu’il soit nécessaire de faire tourner le moteur. L’Aigle accueille également un second réservoir de 100 l.

Les crises automobiles n’épargnent pas ELSI qui ferme ses portes en 1998. « Il devenait difficile de concilier l’ensemble de nos activités. La distribution de camping-cars, développée parallèlement à celle de constructeur, nous prenait de plus en plus de place ».

On peut discuter du style, mais pas de la pertinence des aménagements ELSI, à l’image de celui de l’Épervier, un compact pour quatre personnes.

Identité

Nom
ELS Industrie (Européenne de Location et de Services)

Localisation
Saint-Macaire-en-Mauges, près de Cholet (49)

Fondateur
Patrick Bussereau (photo)

Création
Mai 1982

Fin de l’activité
1998

Production estimée
1000 unités

 

Trois modèles phares

L’Aigle

Sous sa très haute stature – près de 3,00 m de haut –, l’Aigle aménage six places route grâce à une banquette de deuxième rang réversible. Soigneusement réalisé avec des matériaux de qualité, ce véhicule dispose d’une cuisine en L et d’un cabinet de toilette avec lavabo et W.-C. basculants. Le tout dans un format court de 5,00 m de long.

L’Épervier

Autre modèle célèbre, l’Épervier se compose d’une surélévation de toit et d’un mobilier entièrement réalisé en polyester moulé et habillé de frêne massif… Le couchage supérieur de grandes dimensions (140 x 190 cm) se déploie au-dessus d’un salon pour quatre. L’alignement des fauteuils (cabine et séjour) permet de composer deux lits individuels.

Le Pèlerin

Proposé dans diverses configurations, sous rehausse fixe ou toit levable, en version Syncro 4×4 ou standard, le Pèlerin reste dans les mémoires comme un aménagement astucieux et confortable sur VW T3. Contre toute attente, il comprend un bloc-cuisine situé à l’arrière et dans la largeur du fourgon. Ce dernier vient en complément d’un authentique cabinet de toilette.

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