L’aménagement de son van & fourgon autorise une très grande liberté dans le choix et la sélection des matériaux utilisés. C’est d’ailleurs l’une des motivations premières des auto-constructeurs. Portés par une forte sensibilité écologique, beaucoup d’entre eux s’interrogent sur la qualité de l’air dans leur fourgon, plus encore lorsqu’ils y vivent à longueur d’année. En conséquence, ils se tournent de préférence vers une isolation naturelle, à base de liège et de fibres bio. Pour les fourgons aménagés, c’est sans doute ce qui se fait de mieux. Le liège présente des caractéristiques intéressantes, car il est léger, naturel, imperméable et laisse passer l’air. Que demander de plus

Pas de condensation = pas de moisissures

Le liège se présente sous la forme agglomérée en plaques à poser ou de granules qui, associées à un liant acrylique et de la colle blanche PVA (alcool-polyvinylique), sont projetés sur les parois intérieures du fourgon. Le but étant de créer une fine barrière thermique qui aura pour avantage d’empêcher la condensation et les moisissures. En quelque sorte, c’est un « rupteur » de ponts thermiques. Cette première protection, si elle est essentielle, ne sera pas totalement suffisante. Il faut prévoir une isolation complémentaire qui viendra aussi compenser les volumes structurels du véhicule.

Cette technique par projection nous vient du monde du nautisme et tend à se développer dans le secteur du van.

Quel est le secret d’une bonne pâte ? : Le mélange ! (photo : Coucou Liberté)

Parce que l’application se réalise à l’aide d’un pistolet pneumatique à crépis et par couches successives de 1 mm d’épaisseur, elle demande du temps et une bonne organisation. Toutes ces contraintes interdisent pour l’instant une application en grande série, chez les aménageurs industriels.

On peut acheter une préparation toute faite (Resona, Seacork), à des prix très variables selon les produits (voir encadré plus bas) ou la réaliser soi-même de manière à réduire les coûts, mais en prenant garde de trouver le bon mélange – ni trop liquide ni trop épais – qui garantisse un bon accrochage dans le temps. Vous devrez aussi disposer d’un granulat suffisamment fin.

Combien de pots ?

D’une manière générale, il faut compter 1 kg/m². Vous devez au préalable connaître la surface totale à couvrir (on peut vite atteindre les 45 m²). Pour connaître la quantité de produit qui sera nécessaire, il faut appliquer la méthode suivante : superficie/conditionnement = nombre de pots nécessaires. En conséquence, pour un fourgon de 45 m², moyennant des pots de 12 kg, il faut quatre pots (45:12 = 3,75 pots). Ce calcul ne vaut que pour une couche. Et il en faut 2 minimum.

▪️AVANTAGES

  • Matériau naturel imputrescible (bonne gestion de l’humidité) très largement utilisé dans les bateaux.
  • Suppression des ponts thermiques par recouvrement de l’ensemble de la structure métallique.
  • Très faibles épaisseurs d’isolant. Pas de perte d’espace.
  • Bonne couverture des zones complexes de la carrosserie.

▪️INCONVÉNIENTS

  • Phase de préparation assez longue (protection de certaines zones)
  • Prix onéreux (entre 300 et 800 € selon la surface et le nombre de couches)
  • Temps de séchage assez long selon les températures et la composition du produit (de 24 à 48 h entre les couches).
  • Irréversible (pas de retour en arrière)
  • Du matériel indispensable
  • Une bonne isolation nécessite un matériau complémentaire.
  • Nettoyage du pistolet entre chaque couche

Ils l’ont fait !

➡️ OLIVIER : “Cela n’a rien de sorcier “

Installé à Toulouse, Olivier a démarré l’aménagement d’un ancien camion de pompier de 1999, un Peugeot Boxer L2H2 rallongé, dans lequel il entend vivre à l’année lors d’un futur tour d’Europe. Cette exigence l’a poussé vers une isolation naturelle de qualité. Suivez-toutes les étapes de l’aménagement sur son compte Instagram : @jeanjean_la_vadrouille.

« Avec le recul, je dirais que cette technique d’application n’a rien de sorcier, mais elle demande de l’organisation et une bonne préparation en amont. De mon côté, je n’ai pas poncé la peinture intérieure du fourgon, pour ne pas ôter le vernis protecteur, mais j’ai réalisé un bon nettoyage et un dégraissage complet des parois, d’abord avec de l’acétone puis rapidement avec du vinaigre blanc dilué moins agressif. Il faut ensuite bien protéger l’ensemble des équipements, fenêtres et mécanismes de porte, avec du scotch. C’est important, car toute projection est irréversible.

Il est généralement conseillé d’utiliser un compresseur d’air suffisamment puissant avec une cuve importante de 100 ou 300 l. Pour ma part, j’ai utilisé un modèle de 50 l, faute de trouver mieux.

Bien sûr, c’est un peu plus long, mais ça fonctionne très bien. Je dirais même que ça évite de faire des couches épaisses qui risquent de couler au séchage. L’autre conseil, c’est de remplir régulièrement le pistolet pour garder toujours un bon volume de matière par rapport à l’air. Sinon, le pistolet va crachoter. Pour cela, il est conseillé d’être deux pour éviter les allers et retours et gagner du temps.

Moi, pour mon fourgon, j’ai utilisé trois pots de 12 kg pour une isolation un peu épaisse. Sans doute qu’un quatrième pot aurait été top, mais c’est déjà bien. Le prix du pot est toujours un peu dissuasif. »

Un résultat impeccable couvrant l’ensemble de la carrosserie (Photo : Olivier)

➡️ MAGGY et GILLES : “Un effet immédiat”

Ce couple de voyageurs vit et travaille dans leur fourgon Mercedes depuis mai 2018, au terme d’une longue période consacrée à  l’aménagement complet de leur véhicule “Coucou Liberté“. Pas simple. Il a fallu jongler entre les galères avec les fournisseurs, l’approvisionnement, les contraintes réglementaires, les travaux…

« Dès la première couche de liège projeté dans notre fourgon, nous avons noté une petite amélioration, alors même que les températures extérieures ne dépassaient pas les 0 °C ; mais l’effet le plus saisissant, ce sont les bruits qui étaient feutrés.

Au bout du compte, après deux ans de voyage dans notre fourgon, nous ne sommes pas déçus. Nous n’avons pas remarqué de condensation, en dehors de celle sur les fenêtres en verre, ni constaté de tassement de la laine naturelle qui complète la fine lame de liège.

Il nous a fallu cinq pots de 12 kg pour appliquer les deux couches sur l’ensemble des parois, le plafond et sur le plancher. C’est vrai, le prix au kilo est assez cher et peut en décourager plus d’un. Le polystyrène extrudé est nettement moins cher, mais nous l’avons écarté car Maggy est hypersensible aux  produits chimiques et aux émanations de gaz provoquées par certains matériaux sous l’effet de la chaleur. Le meilleur combo, c’était pour nous : liège projeté et laine végétale en 45 mm d’épaisseur.

Il est quand même plus facile d’être deux lors de l’application. Le premier joue du pistolet, pendant que l’autre mélange en continu la préparation. C’est très important pour garder une bonne homogénéité de la pate, sinon la colle retombe en bas. La qualité de la projection en dépend. Vérifiez aussi la puissance de projection en bar : entre 4 et 6 pour nous. Pour le plancher et plafond, nous avons utilisé un pistolet à gravitation muni d’un coude, ce qui permet de l’orienter à 45° tout en gardant le bol de remplissage bien droit ».

Gilles et Maggy ont utilisé un pistolet à gravitation muni d’un coude sous le bol de remplissage. (photo : Coucou Liberté).

Liège projeté : des prix très variables

Plusieurs fabricants proposent du liège projeté, généralement conditionné dans des pots de 12 kg et à des prix très variables allant parfois du simple au double ! Malheureusement, faute d’une information précise sur la composition, l’origine et la granulométrie du liège, il est souvent difficile de faire une comparaison sérieuse. Pour autant, il y a de vraies différences. Par exemple, certains utilisent du liège male, très crevassé, extrait du premier écorçage, et d’autres du liège de reproduction (liège femelle), de très bonne qualité, notamment retenu pour la fabrication des bouchons.

Très fortes en Espagne et au Portugal, d’où la présence de nombreux acteurs, la transformation et la valorisation du liège ont beaucoup reculé en France avec le développement des produits synthétiques. Il faut tout de même saluer le travail d’entreprises artisanales françaises, à l’image de Seacork, basée dans le sud-ouest. À l’écoute des particuliers, elle les conseille et leur propose des plaques agglomérées ou du liège projeté issu du recyclage de bouchons. Le granulat très fin du liège atteint des valeurs comprises entre 0,5 et 1 mm.

 

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