Samuel Marie est devenu tétraplégique à 20 ans après une lourde chute sur un chantier. Un accident qui a bouleversé la vie de cet ancien cordiste mais qui ne lui a pas ôté sa furieuse envie de bourlinguer. Propriétaire d’un Mercedes Sprinter 4×4 sur mesure, le trentenaire en fauteuil roulant arpente aujourd’hui la planète et s’attèle à essayer de changer le regard sur le handicap.

L’histoire de Samuel, alias Samfaitrouler sur la toile, a basculé le 26 juin 2008. Alors cordiste professionnel, le jeune homme chute de six mètres et se brise deux vertèbres. Il perd l’usage de ses jambes. À force d’opérations (une trentaine) et de rééducation (plus de quatre ans), il retrouvera un peu de mobilité dans les bras et le haut du corps.

Un Sprinter taillé pour l’aventure

S’il doit désormais se déplacer en fauteuil roulant, Samuel s’accroche à ses ­rêves. « Quand j’étais enfant, à Port-Cros, nous partions en famille avec le Sprinter aménagé de mes parents. J’en ai gardé un goût pour ce mode de vie », raconte-t-il. Trois ans après l’accident, Samuel acquiert un Sprinter de 5,30 m de long.

Le véhicule a été aménagé sur mesure par Isère Évasion, avec l’appui de l’entreprise Baboulin pour l’installation d’équipements dédiés aux personnes handicapées. « Mais ça restait sportif au quotidien », sourit-il. En 2016, Samuel s’oriente alors vers un Sprinter de 7,30 m de long. « Un modèle 4×4 mieux ­équipé, avec boîte ­auto, rehausse et toujours aménagé par les mêmes entreprises », précise-t-il.

Le fourgon de Samuel a été conçu pour l’emmener sur tous les terrains, comme ici sur la piste en direction de Mendoza (Argentine), ponctuée de rios plus ou moins profonds.

À bord, le véhicule présente de nombreuses singularités, comme la plateforme élévatrice au niveau de la porte d’entrée, les commandes ­d’accélération et de freinage déportées au volant, la douche plate sans rebord ou encore le lit motorisé facilitant le transfert du fauteuil au couchage. VOIR LA VIDEO DE PRESENTATION

« Comme mon corps ne gère pas bien le chaud et le froid, je dispose aussi de puissants systèmes de chauffage et de climatisation avec kit d’altitude », complète-t-il. Évidemment, le tout est assorti d’un système électrique fournissant une bonne ­autonomie (batteries 450 Ah avec booster et alternateur renforcé, deux panneaux ­solaires de 200 W).

100 000 km au compteur

Avec l’aide de trois infirmiers qui se relaient, Samuel traverse le Canada et les États-Unis de juillet à décembre 2017. « Ce fut une expérience forte. Une aventure humaine plus que touristique. On ne peut pas tricher quand on ­s’engage dans des duos comme ça », ­confie-t-il. L’année suivante, il s’élance dans le raid Paris-Pékin-Istanbul organisé par la Fédération Française des Campeurs, Caravaniers et Camping-caristes (FFCC).

Ces premiers voyages au long cours – quelque 75000 km parcourus et 22 pays traversés – tractent avec eux leur lot de ­galères. « Au Canada, le réservoir de gasoil avait de la limaille à l’intérieur, ce qui a bouché le filtre », relate Samuel. Résultat : le fourgon est envoyé sur plateau au garage agréé le plus proche… à 1700 km !

Des parcs naturels de l’ouest des États-Unis…
… jusqu’aux steppes de Mongolie, Samuel et son fourgon abattent les frontières.

Fin 2019, Samuel entame un grand tour de l’Amérique du Sud. Mais la crise du Covid-19 frappe et il écourte son périple en mars 2020 pour rentrer en France. De ces 25000 km entre l’Uruguay, le Chili et l’Argentine, il garde quelques images fortes. Comme le glacier Perito Moreno en Patagonie ou Bariloche et la route des 7 lacs. « Au milieu de la pampa argentine, c’était le gros kiff, se souvient-il. On était souvent seuls au monde sur les pistes ».

Bien sûr, l’Antarctique, destination finale, restera aussi gravée dans sa mémoire. Un exploit logistique pour Samuel, qui est devenu par la même occasion la première personne tétraplégique à faire rouler son fauteuil sur la glace du continent austral. « On a posé du tétra’ dans la nature », ironise-t-il. Si le jeune homme a l’humour acide, il ne minimise pas la portée de ce qu’il vient d’accomplir avec l’aide de sa compagne et de deux amis.

“Avec de la volonté et une bonne équipe,
on peut pousser les murs”.

 

Un autre regard sur le handicap

Ces voyages, Samuel les voit comme un moyen de changer le regard sur le handicap : « C’est plus efficace que de longs discours. » Ils sont aussi l’occasion d’identi­fier des innovations et des bonnes pratiques pouvant être adaptées en France.

En démontrant que tout est possible malgré le handicap, les roadtrips de Samuel Marie prennent une dimension politique et sociétale. Ici avec Emmanuel Macron et James R. Langevin, homme politique américain, au Capitole à Washington.

« Au départ, je pensais ramener des trucs de fou, mais j’ai vite déchanté car beaucoup de choses sont liées au contexte du pays, ­estime-t-il. Aux États-Unis par exemple, où tout est très judiciarisé, les entreprises et collectivités ont pour beaucoup rendu leurs locaux accessibles à partir des années soixante-dix de peur qu’on leur ­intente un ­procès », observe-t-il.

Ambassadeur du Possible

Nommé « ambassadeur du Possible » en 2019 par Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Samuel participe également à des rencontres avec des acteurs liés au monde du handicap (chercheurs, chefs d’entreprise, politiciens, etc.). « Lors des réunions, je passe souvent pour un gros punk, avoue-t-il, amusé. J’essaie de montrer que certaines idées de bon sens ne coûtent pas forcément plus cher à mettre en place ». Son prochain périple, en Afrique, devrait à cet égard être riche en apprentissage.

Ses premiers « handi-roadtrips » racontés dans un livre

Le titre du premier ouvrage de Samuel Marie – Avance, bordel ! – sonne comme une injonction personnelle au mouvement. Écrit en collaboration avec Emmanuelle Dal’Secco et paru aux éditions Dunod, le livre relate l’histoire de Samuel et de ses « handi-roadtrips » destinés à promouvoir un monde plus accessible et à démontrer que « malgré le handicap, rien n’est impossible à surmonter ». L’aventurier tétraplégique conjugue les mots avec les actes pour délivrer un message positif sur le handicap et contribuer à faire avancer les choses. Avançons, bordel !

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